Les mots décomposés
Il suffit au fond De laisser couler son sang Souiller la feuille nue De larmes et d’émotions Égrener le temps Recueillir des souvenirs Ou s’inventer des vies Que l’on pleure en rêvant Dire ce qui fut Rouvrir d’anciennes blessures Et gémir sans pudeur...
J'ai croisé un ange déchu À la mémoire écartelée Il m'a simplement revêtue De l'ombre câline et paisible De ses douces ailes brisées Il voulait m'apprendre à voler Je suis la larme Que tu n'as pas versée Je suis la femme Jamais épousée Le miel à tes lèvres...
Où vont les mots quand ils ne sont pas d’amour ? Où se cachent ces vautours Pour digérer les coeurs innocents ? Aux replis de cette entaille Qui défigure ma mémoire Je les sens lacérer mes entrailles Leur rire emporte le goût de mon sang Mais dites, où...
Je sais… Et tout se dit En points de suspension Du murmure des vies À la violence des émotions Tout s'écrit Aux pages froissées Des nuits embellies Du souvenir apprivoisé Je sais… Chaque mensonge Aux points de dérision Venu ronger mes songes Fardé sous...
Tout repasse tout autour de toi, Lisa Ma sœur mon âme contraire Tout lasse de l'autre côté du soleil Je me heurte à la foule qui me ralentit Rétrécit mon parcours chétif Tu vas tête haute, Lisa Tête haute Le regard obstinément absent perdu sur un lointain...
Tout passe et lasse Précipite la mort du soleil Lisa, superbement Lisey Et dans l’histoire moi, banale Ironiquement blessée à l’aile Particulièrement étrangère Absence domptée à l’heure des robots Et sens comptés au degré zéro J’émule la science Fétu...
Ça m'échappe déjà Cela s'immisce dans mes nuits Où des fantômes engourdis Repoussent leur linceul de suie Exhument la peur du non-dit De cauchemar en insomnie Même ton grand corps s'éloigne La chaleur de ton cœur renie Le monde glauque qui m'empoigne...
Je n’ai pas en moi que des larmes à te verser Des colliers de perles colorées Hésitent encore À se dévoiler Tout au bord Des cils Ondoyants sous ce fardeau gracile En mon cœur vivent des écrits sans désespoir Sans rimes ni vers accessoires Paroles faciles...
J’ai pas su faire mieux La moitié du chemin Brûler mes lendemains Était toujours trop peu Le bonheur à tout prix J’ai bien failli y croire À vivre ton histoire J’y ai laissé ma vie Fallait-il être sourde Pour entendre ta voix Fallait-il avoir froid Fallait-il...
La tache s’élargit De noir souille le drap Immaculé La main gît L’encre poursuit Son sombre désir Jusqu’au bout de la nuit Mille deux cents secondes Pour retenir ses pleurs Les yeux ouverts Facile Avant que l’esprit ne succombe Charitable pesanteur Sur...
Laisse-moi mes douleurs mes peines Mes cris Tant que le poids des maux saura me pousser sur mon chemin de vie C'est toujours plus difficile quand c'est toi qui pars Tout autour de moi le vide un manque Et partout encore des miettes odeurs de ta présence...
Une feuille. Blanche et nue. Une simple feuille de papier Triste et blanche. Et nue. Sans tache ni secrets. Dépouillée. Mais juste au-dessus Une menace pesante et sombre Plane. Dépliée. Tendue. Largeur obscure d’une ombre Qui tombe. Tombe sur la feuille....
Par cent fois tu m'auras eue Poupée de chiffon Condamnée À ta danse morbide Toujours je reviendrai À mon pas léger De ballerine Anorexique Par cent fois ta patte fourchue M'aura jetée Sans merci Dans ta boue toxique Toujours je me relèverai La vie écorchée...
Viens danse Danse pour ma vie J’oublierai les crocs des renards Leur ruse misérable Et les spectres hostiles Viens danse Danse pour moi aussi Cavalier des jeux interdits J’oublierai les mots déguisés Qui volent des tranches de nuit Viens danse Sur l’autel...
Éclater les barrières Reprendre sa vie en main Aspirer la lumière Respirer Respirer Renaître de la poussière Chaque nouveau matin Pour revivre ce mystère Respirer Respirer La fleur brise sa serre Le froid qui mord au visage En devient salutaire Respirer...
Je suis Toi aussi Je suis deux Misérables impuissantes qui se tournaient le dos Je ne vais pas vous mentir Il y a des jours qui ne sont pas d'amour Il y a les heures clandestines et fatales Solitaires Tandis que leur fiel souille mon visage j'asphyxie...
Laissez donc que mon visage de madone Repose à l’ombre de votre inconséquence, Que reste à jamais sculptée la résilience Sur mes traits éternels d’insoumise nonne. Là, que voyez-vous sous ce linceul de pierre ? Rien dans l’obscur ne retient votre regard,...
Je l'ai vu se coucher sur la mer paresseuse Le soleil en clin d’œil aux ondes sirupeuses Le vent glacial fouettait l'ocre chaud des falaises Là-bas au bout du monde en côte portugaise Je t'ai vu te coucher dès la fin de l'histoire Tandis que l'or du jour...
En cette pose immuable À vos regards je me soumets C’est à ce ciel implacable Que je dédie mon cri muet. Que savez-vous de mon silence, Ma douleur emprisonnée ? C’est à jamais dans la souffrance Que mon cœur gît pétrifié. Quelle traîtrise ce bras tendu...
Ils ont brûlé mes veines Mon amour Ces faiseurs de bonheur Et leurs filtres anti-malheurs Qui voulaient voler mes peines Ils m’ont tenue en laisse Cloîtré mes restes de vie Entre leurs murs sans envie Un doux néant sans tristesse Ils ne voulaient pas...
J'en fais mon affaire Des margoulins fiévreux Des pourvoyeurs de commissions occultes Ah tous ces coups de pied occultes qui se perdent J'en fais mon affaire De la fièvre explosive Des mots mielleux s'égarant sirupeux En jeux insolents se voulant stochastiques...
Un vent inquiet agite mes fenêtres Trouble mon esprit qui s'empêtre Entre les replis froissés De ce lit divisé La nuit sera longue En proie au vide langoureux Je ne saurais dire l'espace douloureux De l'abandon facile Le vent de ton amour fragile Une...
Si j’avais su la pluie des mots sur mon visage La fureur des larmes imprimant sur mes rides Le chagrin indélébile de leur passage M’aurais-tu mieux aimée sans cette empreinte acide M’aurais-tu mieux aimée si j’avais su te dire Le fleuve aux eaux sombres...
Tu reviens Cloîtrer ma vie Entre tes parenthèses Voraces C'est en vain Que je m'enfuis Car ta joie mauvaise Suit ma trace Il est le temps fantôme À l'orée de ma raison Il me semble l'entendre Qui fredonne ses psaumes Présume ma déraison Et se plaît à...
Elle a reculé Un peu L’ombre de la Faucheuse Fondue dans mon ombre Est-ce un répit Un espoir ? Combien de temps pour oublier L’odeur aigre de la peur dans le noir ? Si je meurs Si je meurs que ce soit De l’instant suspendu À ton souffle retenu Qui s’en...